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| BROCHURE D'INFORMATIONS
DESTINEE AUX PATIENTS SUR LA LEUCEMIE A TRICHOLEUCOCYTES |
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Sylvie Castaigne
Le sang est composé de deux parties : a) le plasma,
liquide contenant des substances variées comme les
protéines, les minéraux, les vitamines ou
les anticorps et b) des cellules. Les cellules du sang sont
: les globules rouges qui contiennent l'hémoglobine
qui sert à transporter l'oxygène jusqu'aux
tissus, les plaquettes qui permettent de réaliser
l'hémostase primaire c'est-à-dire la première
étape de la coagulation du sang et enfin les globules
blancs qui sont des éléments très importants
de la défense anti-infectieuse. Parmi les globules
blancs, on distingue deux sortes : a) les polynucléaires
en particulier les polynucléaires neutrophiles qui
contiennent des enzymes capables de tuer les bactéries
et b) les lymphocytes divisés en trois grands groupes
: les lymphocytes T qui sécrètent des cytokines
qui contrôlent l'immunité, les lymphocytes
B qui fabriquent des anticorps comme ceux que l'on acquière
après une vaccination et les lymphocytes tueurs capables
de détruire un micro-organisme étranger sans
l'aide des autres cellules ou substances de l'immunité.
Les lymphocytes naissent au niveau de la moelle osseuse.
Ils s'installent ensuite dans le tissu lymphatique. Le tissu
lymphatique comprend le thymus qui existe chez l'enfant
et régresse ensuite à l'âge adulte,
les ganglions lymphatiques, les amygdales et la rate. Il
existe également des éléments du tissu
lymphoïde au niveau de la paroi du tube digestif. Plusieurs
maladies peuvent atteindre le système lymphoïde.
Parmi ces maladies, certaines sont malignes. On les appelle
souvent les syndromes lymphoprolifératifs. Dans ces
maladies, il existe une accumulation d'un trop grand nombre
de cellules lymphoïdes qui sont morphologiquement (forme)
et physiologiquement (fonction) anormales par rapport aux
lymphocytes normaux. Les tumeurs lymphoïdes peuvent
se développer dans tous les organes lymphoïdes
que nous venons d'énumérer en donnant une
augmentation de volume de ces organes : par exemple l'augmentation
de volume d'un ganglion entraîne un gros ganglion
et l'on parle d'adénomégalie ou souvent d’adénopathie.
L'augmentation de volume de la rate s'appelle une splénomégalie.
L'accumulation de lymphocytes peut également se produire
au niveau de la moelle osseuse ou dans des organes qui ne
font pas partie du système lymphoïde à
proprement parler comme la peau, le tube digestif, les os,
le foie ou le cerveau.
Parmi les syndromes prolifératifs, on distingue les
maladies malignes lymphoïdes B ou T. Il existe également
plusieurs catégories de syndrome prolifératif
B et parmi celles-ci la leucémie à tricholeucocytes
La
leucémie à tricholeucocytes
La leucémie à tricholeucocytes est donc un
syndrome lymphoprolifératif B qui a été
isolé du reste des hémopathies lymphoïdes
B à partir de 1948. Il s'agit d'une hémopathie
lymphoïde chronique car le temps de développement
peut être parfois très long avant que la maladie
n'apparaisse et l'évolution peut également
s'étendre sur de très longues années
même en dehors de tout traitement. Le nom de leucémie
à tricholeucocytes est lié à l'aspect
morphologique particulier des lymphocytes de cette maladie
qui présente de fins prolongements de leur cytoplasme
visible tout autour de la cellule, pouvant ressembler à
des cheveux (tricho = cheveu en grec). Ces cellules s'accumulent
au niveau de la moelle osseuse, des ganglions lymphatiques
et de la rate.

Les
symptômes et les signes de la maladie
Les symptômes et les signes de la maladie : un signe
très fréquent de la maladie est la fatigue.
Le patient peut également présenter des infections
en particulier des infections du système ORL ou pulmonaire.
L'existence d'une splénomégalie peut également
entraîner des douleurs au niveau de l'abdomen dans
la partie gauche. Parfois la maladie est découverte
à l'occasion d'un examen de sang systématique
ou lors d'un examen clinique qui découvre une grosse
rate. L'examen du sang montre des anomalies variables au
niveau des trois lignées. Typiquement, il existe
une baisse des globules blancs (leucopénie) avec,
sur la formule des globules blancs, une diminution du nombre
des polynucléaires neutrophiles (neutropénie)
et une diminution du nombre des monocytes. Il existe, d'autre
part, sur la numération, une anémie, c'est-à-dire
un manque de globules rouges dont la sévérité
est variable ainsi qu'une thrombopénie ou manque
des plaquettes. L'examen attentif de la lame de sang après
coloration par le May Grunwäld Giemsa montre la morphologie
typique des tricholeucocytes qui sont des cellules à
un noyau un peu plus grandes que les lymphocytes normaux
et qui présentent les prolongements cytoplasmiques.
Le diagnostic de certitude repose sur l'examen morphologique
du sang et de la moelle osseuse. Le plus souvent, l'aspiration
d'un échantillon de moelle osseuse par ponction à
l'aide d'une aiguille à travers le sternum (myélogramme)
ne permet pas de recueillir un échantillon suffisant
de moelle osseuse car il existe, dans cette maladie, une
fibrose qui gêne l'aspiration. C'est pourquoi le diagnostic
est de façon consensuelle habituellement déterminé
sur un échantillon de moelle prélevé
par biopsie médullaire et analysé en anatomopathologie.
Pour effectuer la biopsie médullaire, un trocart
est introduit au niveau de la partie postérieure
de l'os iliaque, le patient étant couché sur
le ventre. Ce prélèvement se fait après
une bonne anesthésie locale. L'analyse du fragment
d'os et de tissu médullaire est effectuée
après différentes colorations et permet le
diagnostic en montrant la présence de très
nombreux tricholeucocytes au niveau de la moelle osseuse.
Le diagnostic peut être aidé par la mise en
évidence à la surface de ces cellules d'antigènes
particuliers (immunophénotype). Afin de compléter
le bilan d'extension de la maladie, on peut être amené
à proposer une échographie abdominale ou bien
un scanner abdominal afin d'apprécier parfaitement
l'augmentation éventuelle du volume de la rate, du
foie ou parfois des ganglions présents à l'intérieur
de l'abdomen.
Par ailleurs, avant de débuter un traitement, un
bilan général est toujours nécessaire
pour apprécier la fonction du coeur, du foie, des
reins et des poumons.

Le
traitement
Le traitement : depuis les années 1980, le traitement
de la leucémie à tricholeucocytes a été
bouleversé car deux traitements extrêmement
efficaces bien que très différents ont été
découverts. Ces traitements permettent la régression
des tricholeucocytes et la reprise de la production des
cellules normales de la moelle osseuse. Ceci permet une
correction des anomalies de la numération et la disparition
des infections car le chiffre des polynucléaires
neutrophiles et le chiffre des monocytes reviennent à
la normale.

Le
traitement par interféron alpha
Le traitement par interféron alpha : l'interféron
alpha 2a et l'interféron alpha 2b sont également
efficaces. Ils sont utilisés en injection sous-cutanée
à la dose de 2 à 3 millions d'unités
par m2 3 fois par semaine. Le traitement est en général
poursuivi pendant une année. Initialement, il existe
le plus souvent une réaction de fièvre et
de frissons lors des premières injections, réaction
qui diminue ensuite au fur et à mesure. Les effets
secondaires chroniques de ce traitement sont une fatigue,
des douleurs musculaires et articulaires, des troubles de
la concentration, parfois des troubles de l'humeur à
type de dépression, une baisse de la libido ou une
alopécie modérée. Le traitement par
interféron alpha entraîne une rémission
chez 90% au moins des patients. A l'arrêt du traitement,
on observe, dans un délai moyen d'environ un an,
une reprise des signes de la maladie c'est-à-dire
une réapparition souvent de la baisse des globules
blancs puis à nouveau un risque d'infection. C'est
pourquoi, certains proposent de maintenir le traitement
au long cours par de petites doses d'interféron alpha.

Traitement
par les nouveaux analogues des purines
Traitement par les nouveaux analogues des purines : deux
médicaments, la Pentostatine (Nipent*) et la Cladribine
(Leustatine*) sont des médicaments très proches
l'un de l'autre par leur mécanisme d'action qui permettent
d'obtenir également une rémission chez plus
de 90% des patients ayant une leucémie à tricholeucocytes.
Ces médicaments sont utilisés sur une courte
période. Le Nipent* est utilisé à raison
d'une injection intraveineuse tous les 15 jours à
la dose de 4 mg/m2 pendant trois mois. Un bilan permet alors
de savoir s'il est nécessaire d'effectuer les injections
supplémentaires ou non pour obtenir une rémission
complète (disparition des tricholeucocytes au niveau
de la moelle osseuse). La Leustatine* est utilisée
en perfusion intraveineuse continue pendant 7 jours à
la dose de 0,09 mg/kilo/jour. Ces deux traitements ont,
comme effet secondaire, d'entraîner une diminution
importante du nombre de polynucléaires neutrophiles.
Cette baisse des polynucléaires se produit dans les
15 premiers jours du traitement et pendant cette période,
il existe un risque augmenté d'infection. Par contre,
ces deux médicaments sont bien supportés sur
le plan digestif et général. A plus long terme,
l'effet secondaire principal de ces deux médicaments
est une diminution des lymphocytes sanguins qui nécessite
une surveillance régulière en consultation.
Avec ces deux médicaments, les rémissions
complètes sont très fréquentes et le
risque de rechute est plus rare qu'avec l'interféron.
Néanmoins, des rechutes peuvent survenir même
plusieurs années après. Dans ces cas, une
nouvelle cure d'un de ces médicaments permet habituellement
d'obtenir une nouvelle réponse.
Choix du traitement. Une étude a montré qu’il
n’y avait pas de différence en termes de survie
lorsque l’on utilisait la pentostatine ou l’interféron
alpha. Cependant en raison de leur bonne tolérance,
de la courte durée du traitement, et de la qualité
des réponses le traitement par les nouveaux analogues
des purines est le plus souvent proposé en première
intention.

La
splénectomie
La splénectomie : la splénectomie, c'est-à-dire
l'ablation de la rate, était autrefois pratiquée
de façon assez fréquente au cours de la leucémie
à tricholeucocytes. Elle permettait souvent une correction
partielle des chiffres de la numération. Par contre,
elle ne permettait pas de guérir la maladie médullaire.
C'est pourquoi, ce traitement maintenant n'est effectué
que très rarement.

La
cause
La cause de la leucémie à tricholeucocytes
n'est pas connue. On recherche, comme pour d'autres leucémies,
s'il existe une exposition particulière à
des produits toxiques dans l'environnement. Les seules expositions
reconnues à l’origine des leucémies
sont pour le moment l'exposition au benzène ou aux
radiations ionisantes.
Néanmoins, en dépit du fait que la cause de
la maladie n'est pas connue, les progrès réalisés
par les traitements actuels font que l'on peut considérer
que l'espérance de vie d’un patient atteint
de leucémie à tricholeucocytes ne sera pas
diminuée dans la majorité des cas si la maladie
répond bien à la thérapeutique. De
plus, des recherches sont en cours actuellement pour améliorer
la tolérance des traitements déjà existants
( cladribine par voie orale) ou pour utiliser de nouveaux
médicaments par exemple les anticorps monoclonaux.
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