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La thrombocytémie essentielle est une maladie du
sang qui affecte principalement les plaquettes sanguines.
Les plaquettes sanguines sont de petites cellules dépourvues
de noyau qui font partie, au même titre que les globules
blancs et les globules rouges, des éléments
cellulaires circulants dans le sang.
Le rôle des plaquettes s’exerce avant tout dans
les phénomènes d’hémostase, c’est
à dire la suppression d’un saignement lorsqu’il
existe une petite brèche vasculaire. Elle joue également
un rôle important dans la coagulation du sang. La
fonction des plaquettes s’exerce avant tout par le
contact des plaquettes entre elles et avec la paroi des
vaisseaux. Une partie des fonctions des plaquettes est exercée
par le biais d’une voie métabolique dont l’enzyme
clé est la cyclo-oxygénase. La cyclo-oxygénase
plaquettaire est électivement inhibée par
l’utilisation de l’aspirine. L’aspirine
est donc utilisée comme traitement anti-agrégant
plaquettaire.
La découverte des anomalies hématologiques
qui permettent de porter le diagnostic de thrombocytémie
essentielle est très souvent le résultat d’un
examen systématique. Toutefois, trois types de manifestations
cliniques, qui sont en même temps des complications
de la maladie, peuvent être révélateurs.
Il s’agit de manifestations hémorragiques :
saignements de nez, bleus sur la peau, voire hémorragie
réelle souvent digestive, conséquences de
facteurs favorisant ; manifestations ischémiques
qui sont la conséquence d’un défaut
de vascularisation d’un territoire capillaire par
activation anormale des plaquettes dans la circulation :
les migraines et manifestations oculaires (vision double,
modification du champ visuel) ; les manifestations des extrémités
: rougeurs, brûlures des pieds ou des orteils, connues
sous le terme d’érythromélalgies.
Enfin, de réelles thromboses, c’est à
dire obstruction vasculaire définitive liée
à la production d’un caillot : il en est de
veineuses (phlébites) ou artérielles. L’examen
du sang généralement donne une bonne orientation
en montrant un chiffre de plaquettes en général
supérieur à 600.000 (chiffre de plaquettes
normal de 150 à 450.000), pouvant atteindre des valeurs
de plusieurs millions. Cette hyperplaquettose est le plus
souvent isolée, sans modification notable du taux
d'hémoglobine et de la quantité de globules
rouges et sans augmentation importante du chiffre des globules
blancs.
Les examens visant à confirmer le diagnostic de cette
maladie, consistent : en la recherche clinique et parfois
échographique d’une splénomégalie,
en une étude de la moelle (biopsie médullaire)
qui renseigne sur l’architecture, la richesse médullaire
et la représentation des différentes lignées
médullaires notamment mégacaryocytaire, qui
sont les précurseurs des plaquettes, l’existence
ou non d’une fibrose de la moelle et une série
d’examens destinés à montrer que la
maladie s’exprime exclusivement par une élévation
du chiffre de plaquettes. On confirme ainsi qu’il
n’existe pas d’augmentation du volume globulaire
(examen isotopique destiné à déterminer
l’ensemble des globules rouges de l’organisme),
qu’il n’existe pas non plus d’anomalies
du caryotype spécifiques d’autres maladies
portant plutôt sur les globules blancs.
L’âge de survenue de cette maladie est très
variable. On en voit un petit nombre chez l’enfant,
un nombre important chez des femmes jeunes, notamment au
moment des grossesses et de la contraception, mais c’est
également une maladie fréquente au-delà
de 50 ans et cela dans les deux sexes.
Le traitement est actuellement guidé par plusieurs
considérations :
- en terme de survie, les patients atteints de thrombocytémie
essentielle ont une survie analogue à celle d’une
population d’individus normaux de même âge
- à court terme, le problème est donc de prévenir
les accidents hémorragiques ou les obstructions vasculaires
(thromboses citées plus haut ; enfin éviter
les manifestations ischémiques.
Il a été démontré que la probabilité
de ces complications était liée à l’âge
(plus importantes au-delà de 60 ans), à la
notion d’obstruction vasculaire antérieure
; enfin que le risque hémorragique était surtout
important lorsque le chiffre des plaquettes était
très élevé, supérieur à
1.000.000-1.500.000.
Il a été démontré que le traitement
visant à faire baisser le chiffre de plaquettes diminuait
la fréquence des accidents thrombotiques et ischémiques
chez les patients dits à risque (âgés
et ayant des antécédents de thrombose).
Parmi les médicaments actuellement disponibles, l’hydroxyurée
est considéré comme le traitement de référence,
tout au moins chez les patients à haut risque. Diverses
considérations amènent à n’utiliser
qu’avec circonspection ce traitement chez les individus
jeunes. D’autres produits sont actuellement à
l’étude : le pipobroman, l’Interferon,
l’Anagrelide (ce dernier ne disposant pas encore en
France d’Autorisation de Mise sur le Marché).
Les traitements anti-agrégants par le mécanisme
plus haut développé sont un excellent moyen
de lutter contre les manifestations ischémiques.
On reproche parfois à ce traitement de favoriser
les manifestations hémorragiques, c’est la
raison pour laquelle il est le plus souvent utilisé
à dose très faible, de l’ordre de 50
à 100 mg/jour.
Contrairement à beaucoup d’autres maladies
de sang connues sous le nom de syndrome myéloprolifératif
auquel une partie importante des thrombocytémies
essentielles semble appartenir, la transformation de ce
syndrome myéloprolifératif, du fait de l’apparition
d’une fibrose médullaire ou du fait d’une
évolution vers une affection hématologique
plus aiguë est peu redoutée dans cette maladie
car elle est probablement très peu fréquente
ou extrêmement tardive. C’est cette considération
qui justifie pour beaucoup de patients une attitude extrêmement
prudente visant à s’abstenir de traitement
destiné à faire baisser le chiffre de plaquettes
et en choisissant toujours celui dont les effets au long
terme sont le moins marqué.
La thrombocytémie essentielle se rencontrant avec
prédilection chez des femmes jeunes en période
d’activité génitale, trois types de
problèmes se trouvent extrêmement fréquemment
posés :
1. Problème d’une contraception
Le risque théorique de thrombose est la plupart du
temps assez faible chez ces patientes pour que l’on
n’hésite pas à leur prescrire, quand
elle le souhaite, une contraception orale par pilule faiblement
dosée en œstrogène. En revanche, l’utilisation
de stérilet dans cette pathologie comporte à
la fois un risque thrombotique mais aussi un faible risque
hémorragique, fait que l’on recommande en général
d’éviter l’utilisation de stérilet,
les autres modalités de contraception proposées
sont affaire de cas particulier : progestatif pur type Luteran,
stérilet à progestérone type Milina,
voire micro-progestatif qui comporte des contraintes d’utilisation.
En revanche, les grossesses sont tout à fait possibles
à condition que les risques encourus soit parfaitement
expliqués avant le début de la grossesse :
en dehors de l’aspirine, il n’est licite de
prescrire aucun traitement destiné à faire
baisser le chiffre de plaquettes au moment de la contraception
et dans la mesure du possible d’en les premiers mois
qui la suivent.
2. Les risques concernant la grossesse sont : la
survenue d’avortements spontanés, presque toujours
précoces dans les trois premiers mois. Au delà
de cette période, le risque fœtal est extrêmement
faible. 2/3 environ des grossesses débutées
chez une patiente thrombocytémique se terminent l’accouchement
d’un bébé normal.
Le risque maternel est faible mais non nul. Une seule publication
fait état de complications maternelles dans un tiers
des cas, le plus souvent bénignes, en dehors des
complications hémorragiques dont certaines peuvent
probablement être prévenues (recherche d’une
anomalie de Willebrand acquise).
Chez les patientes à faible risque, c’est à
dire n’ayant présenté aucun accident
de thrombose, chez lesquelles l’hyperplaquettose est
de découverte fortuite et dont le taux de plaquettes
ne dépasse pas 1.500.000, l’abstention de traitement
destiné à faire baisser le chiffre de plaquettes
est recommandée. Plusieurs études indiquent
que la prescription d’un traitement anti-agrégant
à faible dose : pas plus de 100 mg/jour, améliore
les chances de mener sans complication la grossesse à
terme.
La baisse spontanée des plaquettes au bout de quelques
mois de grossesse facilite dans ce cas l’abstention
de traitement cytoréducteur.
L’accouchement se déroule en général
sans complication particulière. On recommande d’interrompre
suffisamment tôt le traitement anti-agrégant
(une semaine avant l’accouchement au minimum) et on
préconise une prophylaxie par héparine de
bas poids moléculaire pendant six semaines.
En cas de facteurs de risque de thrombose liés aux
antécédents ou à la symptomatologie
fonctionnelle, ou de facteurs de risque hémorragique
lié à la forte élévation du
chiffre de plaquettes, il n’y a pas de consensus sur
la stratégie thérapeutique à adopter.
Un petit nombre de publications indiquent que le traitement
cytoréducteur par Interferon peut être prescrit
au cours de la grossesse sans risque excessif mais l’expérience
dans ce domaine reste limité.
3. Enfin, au moment de l’installation de la
ménopause, le problème d’un traitement
substitutif hormonal est fréquemment posé.
Si, comme c’est souvent le cas, la thrombocytémie
n’a pas donné lieu à des complications
particulières, il est légitime d’accéder
au désir de ces femmes souhaitant assurer leur confort
et leur potentiel osseux au cours de la période ménopausique.
On recommande alors les traitements substitutifs les moins
risqués (gel, patch ?) et la mise en œuvre de
thérapeutiques limitant le risque de thrombose (antiagrégant,
voire traitement cytoréducteur).